Palau del Vidre

Le bourg de Palau del Vidre est intéressant à plus d’un titre, mais surtout en raison des trésors que renferme son église. En effet, l’église de Sainte-Marie de l’Assomption, édifice datant du XIIe siècle et qui fut bâtie à l’intérieur du périmètre de l’ancien château de Palau-del-Vidre, est l’écrin d’une collection exceptionnelle : des retables de belles dimensions datant du XVe,  d’un splendide retable du Rosaire du XVIe, d’une Vierge ouvrante du XVe également, exemple rare de ce type de sculpture, d’une Crucifixion, d’un tabernacle magnifiquement peint … Émanation de l’émulation entre maîtres verrier richissime et vieille noblesse, ces œuvres  sont des livres d’images, qui racontent aux fidèles illettrés du Moyen Age  les vies et les exploits des saints tout en louant les mérites des donateurs leur assurant ainsi un ticket pour le paradis. Ainsi le donateur du retable des Saints Michel et Hyppolite, un verrier,  s’est fait représenter en prière, aux pieds des figures saintes.

Le choix des Saints représentés était essentiellement déterminé par leur capacités conjuratoires de guérir des maladies. (lire la suite en bas de page)

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Ainsi dans le Retable des Saints Michel et Hippolyte, sur la prédelle, l’on trouve la représentation de
– Ste Apollonie,  représentée avec une molaire pincée par une tenaille, qui protège des maux de dents,
– Ste Lucie porteuse de la palme et d’une coupe avec ses yeux grands ouverts, qui protège de la cécité.
– L’archange Raphaël tenant une coupe, guérisseur de la cataracte.
– St Sébastien au corps percé de flèches, Saint Hippolyte et Saint Grégoire implorés lors des épidémies.
De même que le Retable de Saint-Jean l’évangéliste, cette oeuvre est encore très gothique, mais l’on sent poindre, dans les paysages notamment,  l’influence des maîtres flamands.

Le splendide Retable du Rosaire est une oeuvre majeure de la Renaissance en Roussillon.
Nous avons là l’oeuvre d’un grand maître du XVIe siècle non identifié, dans la mouvance d’Antoine Peytavi de Perpignan, un peintre très productif du  XVIe siècle.
Le « Rosaire » est un type particulier de retable qui naît à la fin du XVIe  siècle. Il est conçu et construit pour être le soutien de cet exercice spirituel qu’est la récitation du chapelet. Après le Concile de Trente (1549-1563)  la dévotion du rosaire  permet de réaffirmer le culte de la Vierge Marie contesté par les protestants. Les panneaux sculptés, de grande dimension, permettent aux fidèles de suivre en images les épisodes majeurs de la vie de la Vierge et du Christ :
– les scènes de l’enfance du Christ ; ce sont les mystères joyeux,
– les scènes de la Passion du Christ ; ce sont les mystères douloureux,
– et enfin les scènes glorieuses (Résurrection du Christ, Ascension, Pentecôte, Assomption et couronnement de la Vierge).

Crucifixion
Huile sur bois, d’une qualité artistique majeure, appartenant à un retable aujourd’hui disparu. Non attribuée, elle fait penser à un peintre perpignanais du dernier quart du XVe siècle. Ce tableau se trouve à la confluence de plusieurs traditions :
– la miniature française incarnée dans le paysage en arrière plan,
– la peinture catalane,  italo-gothique, présente dans le groupe des saintes femmes,
– le style des écoles flamande et allemandes, présent dans le Christ, les larrons, et surtout le groupe des Romains et des Juifs, sur la droite.
Tout, dans l’œuvre , témoigne d’une maîtrise parfaite de la couleur. La gamme est étendue, les couleurs vives et contrastées. Quant à la technique picturale, les compositions des différents groupes sont savamment ordonnées en symétrie autour de la Croix dans un cadre presque carré. A gauche le groupe solennel des saintes auréolées d’or stuqué, aux drapés soignés s’oppose au groupe de droite, plus complexe et un peu grotesque, des tortionnaires. On interprète parfois le centurion vêtu d’un curieux costume multicolore d’une invraisemblable cuissarde à raies et à chevrons, comme une représentation du « Malin ».

La Vierge ouvrante
Autrefois ces statues étaient assez nombreuses, mais le Concile de Trente les a fait disparaître. Cette rare survivante, fonctionne comme un petit retable. Fermée, c’est une Vierge à l’enfant. Ouverte, elle laisse voir la Trinité sous la forme de Dieu le Père soutenant le corps de son Fils Jésus Christ et du Saint-Esprit sous la forme d’une colombe peinte. Cette représentation est appelée « Trône de Grâce ».

Le Tabernacle
Peint dans les années 1600 par Honorât Rigaud, dont la plupart des oeuvres ont disparues. Ancêtre du grand Hyacinthe Rigaud connu comme le portraitiste de Louis XIV.