La cathédrale d’Alet les Bains, « plus belle ruine de France », fut à l’origine une abbaye bénédictine. Elle devint cathédrale en 1318 et fut détruite au 16ème siècle lors des guerres de religion. Il n’en reste aujourd’hui que d’imposants vestiges au centre du joli bourg d’Alet-les-Bains.

Histoire de l’Abbaye Sainte Marie

L’abbaye d’Alet-les-Bains aurait été bâtie en 813 par le comte Béra, fils du wisigoth Guillemund, mis à la tête du comté du Razès par Charlemagne en 790. Dans les années 70 des chercheurs invalidèrent cette origine en déclarant la charte de 813 comme un faux. L’abbaye d’Alet daterait plus probablement de la fin du 10ème siècle.

Le comté du Razès, fut défini par Charlemagne qui avait reconquis ce territoire aux Sarrasins. Il s’étend sur une grande partie des Corbières. Dépendant de l’Archevêché de Narbonne, l’abbaye fut richement dotée, ce qui provoqua convoitises et jalousies de la part des seigneurs locaux. L’abbaye fut ravagée avant 1058 par le comte de Carcassonne dans le cadre d’un conflit opposant l’Archevêque Guifred de Narbonne au vicomte de Narbonne Bérenger. C’est pourquoi, à la fin du 11ème siècle, l’abbé Pons d’Amely fortifia l’Abbaye, la dotant d’un mur d’enceinte en pierre de taille. Durant tout le 12ème siècle, l’Abbaye attira de nombreux pèlerins.

La Croisade des Albigeois

Lors de la Croisade des Albigeois (1209-1229), conquête des terres du Sud par les armées du roi de France en accord avec la papauté, Alet-les-Bains choisit de rester fidèle à ses suzerains cathares : les vicomtes Trencavel de Béziers et de Carcassonne. Les moines d’Alet furent ainsi excommuniés. Lorsque les armées de Simon de Monfort furent victorieuses, les moines se réfugièrent auprès du comte de Foix.

Plusieurs décennies plus tard, les moines survivants furent autorisés à réintégrer l’abbaye. Mais ils resteront toujours suspects aux yeux de la hiérarchie catholique. Cependant, en 1318, le pape Jean XXII érigea l’abbaye en évêché. Le diocèse comprenait 80 paroisses et s’étendait jusqu’à Formiguères et Saint-Paul de Fenouillet. L’abbaye devient alors la cathédrale Notre Dame. Après les temps difficiles de la Croisade contre le Catharisme, cette consécration inespérée apporta un regain de prospérité à Alet et sa région.

Guerre des religions

L’abbatiale-cathédrale avait évité les dévastations de la croisade, mais ne survécu pas aux guerres de religion du 16ème siècle. Partout en Europe de l’Ouest, catholiques et protestants s’entre-déchirèrent mettant le pays à feu et à sang.

Les Huguenots prirent Alet en 1573.  Devenu cité calviniste, Alet connaîtra plusieurs assauts. Lors d’un de ces assauts, en 1577, un boulet de canon fit effondrer une partie de la toiture de la cathédrale. Le monument fut alors livré au pillage et servit de carrière de pierres pour remonter les remparts de la ville.

La cathédrale Notre-Dame fut abandonnée vers 1600 au profit d’une cathédrale de fortune aménagée dans les vestiges des bâtiments conventuels (la cathédrale Saint-Benoît). Le pays étant ruiné, la toiture ne sera jamais réparée et finira par s’effondrer complètement. Le dernier des 35 évêques, peu avant la Révolution française, se résoudra à en vendre les murs. Le Concordat de 1801 supprima le siège épiscopal d’Alet et répartit son territoire entre les nouveaux diocèses de Carcassonne, Perpignan et Toulouse.

Ce fut la construction de la « Grand route » Limoux-Quillan par le dernier évêque, Monseigneur Roger de la Cropte de Chanterac qui scella le sort du bâtiment. En effet la route amputa l’édifice de quatre des cinq absides rayonnantes du chœur gothique.

Architecture

L’abbatiale comporte une nef centrale encadrée de deux bas côtés à six travées et d’un transept peu saillant. Seul subsiste le croisillon nord. Des tribunes furent ajoutées sur les bas côtés de l’édifice dans la seconde moitié du 12ème siècle. On y trouve aussi la Tour Notre-Dame dont il ne reste qu’une infime partie. A l’opposé la Tour Saint Michel, écroulée en partie, possède un escalier dont les contreforts sont en forme de colonne.

Cathédrale abbaye alet les bains

Le chœur comporte deux parties bien distinctes. Une abside romane entourée d’un chœur gothique du 15ème siècle dont il ne reste qu’une des cinq chapelles rayonnantes. L’abside romane, de petite taille est bien conservée. C’est la partie la plus intéressante. Elle est formée d’un polygone à cinq pans. A l’extérieur, ce polygone est scandé par des contreforts qui supportent des colonnes engagées. A l’intérieur un arc de plein cintre. Deux colonnes soutiennent des chapiteaux richement ornés. La voûte en cul de four percée de cinq profondes fenêtres repose sur des murs très épais, marqués de cinq niches. L’ensemble est richement décoré « à l’antique » de perles et feuilles d’acanthes somptueuses.

Au nord de la cathédrale se trouve la salle capitulaire. Elle s’ouvre par trois baies romanes. La salle est elle aussi romane, mais sa voûte fut remplacée au 14ème siècle par une voûte à ogives. Le mur faisant face à cette salle a été construit avec d’anciennes pierres tombales. Le décor roman des chapiteaux est des plus intéressants. Il comporte des motifs végétaux et des scènes religieuses classiques : Annonciation et Fuite en Egypte. A cela s’ajoute des thèmes animaliers : une chasse à l’ours, un affrontement de bouquetins, des oiseaux et un centaure surmonté d’un personnage.

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Le village d’Alet-les-Bains

Ancien bourg médiéval fortifié, Alet-les-Bains a un patrimoine architectural et historique prestigieux. Le village est superbe avec ses petites ruelles, ses maisons à colombage et encorbellement bien préservées, hôtels particuliers du 12ème et 14ème, sa place à arcades, son pont de pierre qui enjambe l’Aude. C’est un pur bonheur que de déambuler à travers ses rues, au calme, car le lieu est assez peu touristique.

L’emplacement de l’ancienne abbaye est aujourd’hui un vaste parc de 3 hectares qui enserre le Palais épiscopal transformé en hôtel-restaurant « L’Evêché ». On profitera avec bonheur de sa terrasse ombragée pour s’imprégner du lieu.

L’église Saint-André

L’église, attenante à la cathédrale date en grande partie du 19ème siècle. Son portail intérieur date du 15ème (endommagé lors de la Révolution). Elle est intéressante parce qu’elle renferme un « Trésor » exposé dans des vitrines. Une vierge en ivoire du 16° siècle qui aurait été offerte par François 1er en reconnaissance de la participation des Alétois à la rançon de sa libération, une madone du 12e siècle, qui présidait dans le cœur de la cathédrale, une statue polychrome de saint Benoît datant du 17ème siècle.

A gauche de l’autel, dans une absidiole, on remarquera des fresques du 14ème représentant des moines bénédictins.

Infos pratiques

Horaires de visite de la cathédrale :
Juillet/mi-septembre : 10h-12h30 et de 14h30-19h (WE et fériés : 10h-12h30 et 14h -18h)
Mi-Septembre/Octobre et Avril/Juin : 14h-18h
Pour le reste de l’année consultez le site officiel d’Alet-les-Bains

Tarif Adulte : 4 € – Gratuit jusqu’à 12 ans.

Pour tout renseignement : 04 68 69 93 56 ou 09 64 12 00 12.